Fumio Yasuda - Schumann's Bar Music


Les bars sont des lieux qui m’ont toujours fasciné et attiré. Une étrange sensation d’être ailleurs s’était emparée de moi dès la première fois que j’ai franchi le seuil d’un tel endroit, comme si j’accédais à un autre monde, loin de la vie quotidienne.

L'atmsophère sombre du Gramercy Park Hotel Bar de New York a fait éclore plusieurs idées de productions et a également donné lieu à ma première conversation sur Gustav Mahler avec Uri Caine. Au Harry's Bar de Venise, l'idée a été conçue, avec Barnaba Ferruzzi Balbi, de mettre en scène dans son Palazzo au bord du Canale Grande un cabaret de Noël Akchoté, projet qui devrait être réalisé d'ici peu. Le célèbre Bar Floridita de la Havane est devenu une centrale de communications pour la production Cuadernos de la Habana et a donné le coup d'envoi à l'enregistrement de la musique de bar du pianiste aveugle Frank Emilio Flinn, qui n'est malheureusement plus parmi nous aujourd'hui. Je me rappelle aussi un soir, dans les années 1970 où, après une soirée au théâtre, j'écoutais le pianiste du Kempinski Bar de Berlin, perdu dans mes pensées, à peine conscient des conversations à ma table. Quand j'ai demandé à Fumio Yasuda d'assumer le rôle ingrat du pianiste pour la production de Schumann's Bar music, c'est cette atmosphère singulière que j'espérais capturer. Cette sensation m’envahit encore aujourd’hui chaque fois que je mets le pied dans un bar. Cette atmosphère particulière – les sons des cocktails qu’on mélange, le barman servant aux habitués leur drink habituel sans qu’ils n’aient eu à leur en faire la demande, les conversations des clients et la musique du pianiste – a souvent suscité des échanges avec des amis, des étrangers et également avec moi-même. En effet, je ne connais pas d’endroit plus propice aux conversations avec moi-même qu’un bar. Mais les bars peuvent être des lieux d’échanges tout aussi inspirés à plusieurs interlocuteurs, échanges qui n’auraient peut-être pas lieu dans un autre cadre. C’est cette atmosphère singulière que j’espérais capturer pour un Film Audio dans lequel un client s’abandonne entièrement à la musique du pianiste. Charles Schumann, qui tient depuis vingt ans le Schumann’s American Bar de Munich et en a fait une véritable institution, s’est tout de suite montré intéressé par le projet. C’est Günter Mattei, un habitué de chez Schumann’s qui a illustré les livres de recettes publiés par le propriétaire du bar ainsi que plusieurs livrets de CDs Winter&Winter, qui m’a donné l’idée (lors d’une visite chez Schumann’s, bien sûr) d’un enregistrement de musique de bar. Le choix des pièces musicales du produit final paraît étrange, puisque ce sont les désirs des divers clients qui déterminent le répertoire, et c’est ains que s’explique que « Das Weisse Rössel » se retrouve à côté de « Gone with the Wind ». Fumio Yasuda s’est pleinement abandonné à son nouveau rôle, après avoir incarné l’année dernière le personnage d’Alexander Schiffgen au sanatorium alpin (Im Zauber von Verdi) et enregistré sa propre création, Kakyoku (Chansons de fleurs) pour Winter&Winter, une œuvre composée pour le photographe Nobuyoshi Araki. Le travail de Fumio Yasuda a été célébré et discuté avec enthousiasme par des journaux tels que la Frankfurter Allgemeine Zeitung et le Hamburger Abendblatt, l’hebdomadaire Spiegel et le magazine Fono Forum. Son passage au Schumann’s American Bar de Munich surprendra certainement à nouveau plusieurs de ses auditeurs. Et ceux qui souhaiteront vivre pleinement l’expérience de la musique de bar de Fumio Yasuda ne résisteront pas à essayer l’une ou l’autre des recettes de cocktails de chez Schumann’s, reproduites dans le livret.

- Stefan Winter


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